Les leçons d’investissement de Warren Buffet (1)

Cet article est le premier d’une courte série à propos des conseils ou leçons de Warren Buffet. Il est directement tiré d’une lecture accessible, rapide et enrichissante, à savoir le livre : Warren Buffet -100 conseils pour investir- aux éditions du Faré.

Il est le plus grand investisseur encore en vie et est très inspirant pour de nombreux investisseurs tant il brille par son intelligence, sa longévité et sa simplicité.

Récemment, je suis tombé sur un livre qui présente les meilleurs conseils pour à appliquer en matière d’investissement, selon Warren Buffet. Cette série d’articles s’en inspire totalement, j’avoue. 

Acheter une action comme si on achetait l’entreprise dans son intégralité

Une action est une portion d’une entreprise. C’est une miette d’un gâteau plus ou moins gros. Mais le nombre d’actions possédées ne doit pas influer la qualité de l’apprentissage. Ainsi, il ne doit exister aucune différence entre l’achat de 10 actions et de 300 000 actions tant dans l’intérêt que l’on en porte que dans notre capacité d’analyse de l’entreprise.

Warren Buffet dit régulièrement qu’il achète les grosses capitalisations comme s’il achetait une boutique en bas de la rue. Il veut tout savoir sur celle-ci, et donc opter pour une analyse qualitative approfondie sur l’objet de son investissement.

Du point de vue de l’investisseur, la réflexion doit être la même pour un achat de 10 actions comme de 100 000. De même, qu’il s’agisse d’acquérir un studio à 30 000€ ou un immeuble de rapport à 700 000€, la réflexion doit rester identique. Il n’y a aucune raison de faire moins attention quand la quantité est moindre. Warren Buffet explique en substance : si vous achetiez une boutique en bas de chez vous, alors vous l’étudiez jusque dans ses moindres détails, et cherchiez à ce que rien ne vous échappe : le loyer, la typologie de clients, le nombre d’employés, les marges sur les produits… Il en va de même lorsque l’on achète une portion d’une grande entreprise ou d’immeuble. Il n’y a pas de raison de faire autrement.

La règle des 20 cartouches

Warren Buffet est un investisseur qui se positionne sur le long terme. Il recommande de ne pas s’agiter dans ses prises de décisions. C’est une nécessité surtout à l’heure où il n’a jamais été aussi facile de passer un ordre en bourse ou d’acquérir un bien immobilier et donc de commettre des erreurs.

L’idée est d’imaginer que l’on ne dispose que de 20 cartouches dans sa vie. Chaque cartouche est une décision d’investissement. On investit alors plus précautionneusement que si l’on a des cartouches infinies. On réfléchit à deux fois avant d’opérer chaque choix d’investissement.

“Je crois que j’améliorerais la situation financière de beaucoup d’entre vous, si je vous donnais une carte comprenant 20 cases, et chacune d’entre elles correspondrait à un investissement que vous ne pourriez faire qu’une seule fois au cours de votre vie. Une fois les 20 cases cochées, vous ne pourriez plus investir. Grâce à cela, vous réfléchissez beaucoup plus à ce que vous feriez, et vous serez forcés d’investir lourdement sur quelques convictions fortes. Ainsi, vous aurez de bien meilleurs résultats.” Charlie Munger citant Warren Buffet à l’Université de Californie.

Le portefeuille de Warren Buffet est une bonne illustration de ce principe. Certes, il dépasse les 20 positions, mais il est constitué de positions achetées et gardées pendant 20, 30 voire 40 ans. Par exemple, il a investi dans le groupe d’assurance Geico en 1976, à 46 ans, en achetant 5% de la société, dont il est toujours actionnaire aujourd’hui. Autre exemple, en 1992, Buffet était actionnaire de la banque américaine Wells Fargo, et cette position est aujourd’hui la deuxième plus grosse position du capital de Berkshire Hathaway, la holding de l’investisseur.

Ne jamais vendre d’actif et la notion de marché

“Je crois dans le fait de posséder des actifs. Que ce soient des fermes, des appartements ou des entreprises. Certaines années, certains actifs marchent mieux que d’autres, d’autres années c’est l’inverse. Mais si vous possédez l’un de ces actifs et le gardez pendant 20 ans, alors je crois que vous allez faire quelque chose de bien.” CNBC, Novembre 2011.

Pour Warren Buffet, on vend toujours trop tôt ses actions ou ses actifs. La croissance de l’économie est un phénomène inéluctable, et les entreprises bien gérées ou les actifs bien choisis en profiteront forcément.

Il faut croire en la capacité qu’ont les entreprises à créer de la valeur et à réaliser des acquisitions pertinentes. C’est grâce à leur travail que les valorisations des entreprises, et donc le cours des actions, augmentera. De manière générale, Warren Buffet veut signifier ceci aux investisseurs : mieux vaut investir dans des actifs productifs, à condition de bien les choisir, plutôt que de sécuriser son argent.

Pour Buffet, le marché est un grand terrain de jeu, où chaque jour, des gens aux tempéraments changeants et en prois à leurs émotions vous proposent d’acheter leurs titres.

Benjamin Graham, son mentor, appelait déjà la bourse Mister Market (Monsieur le Marché) dans son livre l’investisseur intelligent. Warren Buffet avait repris ce concept pour expliquer sa propres stratégie : Un jour, un dépressif (le marché, pris dans son ensemble et les cours d’actions qu’il propose aux investisseurs) vendra une action à 1 dollar, et le lendemain, sans raison apparente, la propose à un autre prix. Vous ne devez pas entrer dans ce jeu. Vous devez acheter et vendre au prix que vous avez décidé, ou bien ne rien faire.”

Dans sa lettre aux actionnaires de 1983, Warren Buffet avait écrit : “ Une des ironies du marché est l’accent mis sur l’activité. Les intermédiaires et les plateformes, en parlant de liquidité souhaitent favoriser l’achat et la vente. Mais les investisseurs doivent comprendre que ce qui est bon pour le croupier n’est pas bon pour les joueurs. Un marché hyperactif, c’est le pickpocket de l’investisseur.”

Acheter des choses durables

Warren Buffet recommande de ne pas acheter des entreprises dont l’environnement ou l’activité va changer rapidement. Il faut acheter des business stables, durables dans leur activité et qui ont des états financiers solides.

Les modes sont un vrai danger selon lui. Cf. Oscar Wilde : “la mode est d’une laideur si intolérable qu’il faut en changer chaque année.”

Et c’est pour cela qu’il s’est longtemps tenu à l’écart des valeurs internet ou innovantes. Certes, il a investi dans IBM, mais c’était à l’époque où l’entreprise avait un quasi-monopole sur la fabrication d’ordinateurs professionnels.

La rapidité de changement de ces industries lui fait peur. Fin 2016, Berkshire Hathaway a investi pour la première fois dans une valeur technologique : Apple ; et Buffet a par ailleurs confessé publiquement “être passé à côté” des valeurs internet, pendant l’assemblée générale de 2017.

Acheter pendant les crises

“Nous ferons plus d’argent quand les gens seront pessimistes. Car ces temps-là offrent des prix très dépréciés. Nous ne vendons pas nos actions de bonbons en été, même si c’est encore loin de Noël.” Conférence à l’université Notre Dame en 1991.

Citation investissement Waren Buffet

Warren Buffet explique qu’il ne se demande jamais si le marché est en phase de hausse ou de baisse.

Il ne réfléchit jamais aux tendances du marché. Les crises créent des aberrations sur les marchés, qui sont autant d’opportunités. L’essentiel est de ne pas prendre peur pendant une crise, et de garder une perspective de long terme, qui donne confiance dans les entreprises à long terme.

Acquérir des entreprises lorsqu’elles sont en difficulté, revient à payer moins cher. Toutefois, cela ne dispense évidemment pas d’étudier l’entreprise et de chercher les qualités sous-valorisées.

Régulièrement, le marché offre des entreprises à des prix dérisoires, car il y a eu un évènement, ou une crise, qu’elle soit interne ou externe. C’est là que Warren Buffet achète. Quand l’entreprise est en restructuration, qu’elle est au plus bas.

Pour ne citer qu’un exemple, Buffet a acheter pour 5 milliards de dollars d’actions de Bank of America, alors à la dérive la plus totale et proche de la faillite, après la crise de 2008 et la chute de Lehman Brothers.

Se méfier tant des prévisions que des nouvelles

Warren Buffet se dit très méfiant vis-à-vis des présidents qui clament des résultats à venir de qualité, ou qui font état de bonnes prévisions. Il est impossible de connaître le futur.

“Les managers qui promettent d’atteindre tels chiffres, vont souvent être tentés de maquiller les chiffres à l’arrivée.” Lettre aux actionnaires, en Février 2003.

La meilleure solution est de connaître les managers, de savoir quelles sont leurs valeurs et leur track-record. C’est le meilleur moyen de ne pas se faire rouler par les managers.

Warren Buffet lit beaucoup de journaux, mais il fait un tri énorme et ne s’arrête pas sur des nouvelles ponctuelles.

Selon la bonne règle de Pareto, 80% des causes sont attribuées à 20% des évènements. Il faut donc trouver 20% d’évènements importants. Et en ce qui concerne le monde de la bourse,

Warren Buffet témoigne que la règle est plutôt 99–1.

99% de nos décisions liées aux actions devraient être attribuées à 1% des informations que nous recevons.

Or la plupart des nouvelles sont faites pour faire le buzz et nous faire réagir. Et quand nous nous laissons manipuler par ces nouvelles, nous prenons de mauvaises décisions. Nous devenons irrationnels.

Comprendre les bulles

Les bulles sont le piège ultime qui se referme régulièrement sur les investisseurs. Mieux vaut chercher à éviter de se faire ruiner par les bulles, quand elles se dégonflent, que d’essayer d’en tirer profit.

On ne sait jamais jusqu’où elles peuvent monter, mais on sait jusqu’où elles peuvent descendre…

On oublie trop souvent que les bulles se produisent à la hausse, mais aussi à la baisse, ce qui fournit des opportunités d’achat, lorsque la plupart des investisseurs restés sur le marché se sont ruinés.

“Ce qui sépare l’investissement de la spéculation n’est jamais très clair, mais cela devient visible lorsque la plupart des investisseurs ont récemment connu des triomphes. Rien n’inhibe plus la rationalité humaines que ces doses d’argent acquises sans efforts.” Warren Buffet dans sa Lettre aux actionnaires de 2000.

Savoir dire non et identifier les mauvaises idées

En bourse comme dans la vie, il faut savoir dire non. En bourse, cela revient à accepter de ne pas investir, à attendre. Car il est plus facile de dire oui et de cliquer sur Acheter, que de dire non et d’attendre. Il est toujours plus facile d’agir que d’attendre sagement.

“Quelle est la différence entre ceux qui réussissent et ceux qui réussissent extrêmement bien ? Ces derniers disent “non” à la plupart des choses.”

Nous faisons tous des mauvais choix. L’important est que ces choix ne soient pas trop fréquents.

“Presque toutes les personnes que je connais à Wall Street ont eu autant de bonnes idées d’investissement que moi. Simplement, en plus, ils ont eu quelques mauvaises idées.” Warren Buffet à l’Université Notre Dame, en 1991.

Distinguer le prix de la valeur dans l’investissement

Le prix est à distinguer de la valeur en investissement. Warren Buffet a souvent répété ces deux citations connues, qu’il vaut mieux conserver en anglais pour bien les comprendre :

“Better a great company at a fair price than a fair company at a great price.”

“Price is what you pay, value is what you get.”

C’est-à-dire :

“Mieux vaut une grande entreprise à un prix juste, qu’une entreprise moyenne à un prix élevé.”

“Le prix, c’est ce que vous payez, la valeur, c’est ce que vous recevez.”

citation investissement Warren Buffet

Il y a des périodes sur les marchés, où les prix des actions n’ont rien à voir avec la valeur réelle des entreprises. Dans les deux sens.

Il y avait beaucoup d’affaires à faire pendant la crise financière de 2008. Bank of America, Wells Fargo…

Il n’y a pas de raison de vendre ses actions pendant une crise. Certes, certaines vont baisser beaucoup. Mais dans leur ensemble et sur une durée de plusieurs années, si ces entreprises sont de bonnes entreprises, elles vont s’en sortir et auront de bons résultats.

Warren Buffet a toujours eu une position ambivalente sur son regard concernant le prix des actions.

D’une part, il est résolument décidé à acheter ses entreprises à un prix bas, c’est-à-dire acheter “1 dollar pour 50 cents”, mais d’autre part, il est également très distant vis-à-vis des prix des actions, car il se place bien sûr dans une perspective de long-terme, et achète pour observer un doublement ou un triplement de la valeur de l’entreprise.

Donc quelques pourcents de plus ou de moins ne sont pas un sujet pour lui lors de l’achat.

Dès 1977, dans sa lettre aux actionnaires, il déclarait : “La plupart de nos positions vont être conservées pendant de nombreuses années. Et nous prendrons nos décisions en fonction des résultats des entreprises, et non en fonction du prix de l’action un jour donné.”

Rester sobre

“Le marché est un grand Casino” avait un jour déclaré Warren Buffet sur CNBC. Pour un investisseur de long terme qui a construit sa fortune sur les marchés, une telle position peut surprendre.

Pourtant, sur les marchés financiers, chacun fait des affaires avec des fous. Lorsque Warren Buffet compare le marché à un grand Casino, il veut plutôt parler des parties-prenantes que des machines à sous. En bourse comme au Casino, tout le monde s’agite. Les joueurs vont d’une machine à l’autre, comme d’une action à une autre, et enrichissent d’abord le Casino.

Alors que la méthode consistant à choisir une bonne entreprise et la conserver est plus rentable. Tout comme le fait de garder son argent et de s’abstenir de participer aux jeux d’argent. Éviter d’entrer dans le Casino en bourse, c’est conserver ses positions et garder son calme, c’est-à-dire dans les résultats d’entreprises d’autres investisseurs.

À lire aussi : Pourquoi le cashflow est roi dans l’investissement immobilier ?

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